Spanish Rules Library

Espagnol régional

L'espagnol n'est pas une langue mais plusieurs. Spanish Rules Library documente dix variétés nationales et les traits qui les traversent : voseo, seseo, leísmo, formes d'adresse, diminutifs, particules et le vocabulaire qui diffère réellement.

La plupart des références réduisent l'espagnol à une norme unique. Pas nous. Cette section documente l'espagnol tel qu'il se parle réellement, pays par pays (accent, pronoms, particules, politesse et lexique), sur dix variétés, de la Bolivie et du Paraguay à l'Espagne et au Venezuela. Les règles transrégionales placées au-dessus prennent un trait à la fois et le cartographient sur l'ensemble du monde hispanophone.

Toutes régions 8

Certaines différences traversent les frontières au lieu de définir un pays. Ces règles cartographient un même trait sur l'ensemble du monde hispanophone et renvoient vers les pages pays qui le traitent en détail.

A2, B1

-ito, -ico, -illo : quel diminutif dans quelle région

-ito est le choix par défaut partout, mais le Costa Rica, la Colombie, le Venezuela et Cuba passent à -ico après un t (ratico, momentico), l'Andalousie préfère -illo, et les Andes empilent les diminutifs sur n'importe quoi, y compris les adverbes. Dans aucun de ces cas le suffixe ne parle vraiment de taille.

B1

Usted, tú, vos : où se règle le curseur de la politesse selon les régions

Usted ne signifie pas la même chose partout. Au Río de la Plata, il marque une réelle distance ; au Mexique et au Pérou, c'est la courtoisie ordinaire envers un inconnu ; en Colombie, dans les Andes et au Costa Rica, on l'emploie avec son conjoint, ses enfants et ses animaux. Le calquer sur le vous français ou le Sie allemand induit en erreur dans les deux sens.

B2

Leísmo, laísmo, loísmo : quand le, la et lo échangent leurs rôles

Le système étymologique est lo/la pour le complément direct et le pour l'indirect. Trois écarts existent, un seul est admis : le leísmo avec une personne masculine (a Juan le vi). Le laísmo et le loísmo ne sont pas normatifs et sont castillans régionalement. Le Paraguay a son propre leísmo, d'origine différente, et le le de politesse est universel.

B1, B2

He comido ou comí : passé composé et prétérit selon les régions

L'Espagne emploie he comido pour tout ce qui relève d'aujourd'hui, de cette semaine ou de cette année ; la majeure partie de l'Amérique latine dit comí et réserve la forme composée aux énoncés véritablement expérientiels. Le Río de la Plata et les Andes l'évitent le plus, et la Bolivie ajoute un plus-que-parfait marquant la surprise. Le prétérit est le choix sûr partout.

A1, A2

Seseo, distinción et ceceo : comment se prononcent c, z et s

Le centre et le nord de l'Espagne distinguent deux sons, /θ/ pour z et ce/ci, /s/ pour s. Toute l'Amérique latine, les Canaries et une grande partie de l'Andalousie les fusionnent en /s/ : c'est le seseo, et il est très largement majoritaire. Aucun n'est plus correct, et l'orthographe est identique dans les deux cas.

A1

Ustedes ou vosotros : le « vous » pluriel, région par région

L'Espagne a un système d'adresse à quatre formes (tú/vosotros, usted/ustedes) ; partout ailleurs il n'y en a que trois (tú ou vos, usted, et ustedes pour tout pluriel). Ustedes est le choix sûr partout : en Espagne il sonne seulement formel, alors que vosotros en Amérique latine sonne toujours étranger.

A2, B1

Le voseo dans le monde hispanophone : où vos remplace tú

Près d'un tiers des hispanophones disent vos, et non tú. C'est la forme courante en Argentine, en Uruguay, au Paraguay et dans la majeure partie de l'Amérique centrale ; elle concurrence tú au Chili, en Bolivie et dans certaines régions de Colombie ; elle est absente du Mexique, des Caraïbes, du Pérou et d'Espagne. Il existe trois paradigmes verbaux distincts.

A2, B1

Yeísmo et žeísmo : les multiples façons de prononcer ll et y

Presque tout le monde prononce aujourd'hui ll et y de façon identique, cette fusion s'appelle le yeísmo. Ce qui varie, c'est le son lui-même : un [ʝ] doux dans la plupart des régions, un [dʒ] à l'anglaise, et le [ʒ]/[ʃ] du Río de la Plata qui fait entendre calle comme « ca-ché ». Quelques zones distinguent encore ll et y, notamment le Paraguay et les Andes.

Bolivie 12

B1

L'influence de l'aymara dans l'espagnol andin

L'espagnol de l'altiplano (La Paz, El Alto, Oruro) porte un substrat aymara : emprunts (wawa), diminutifs nombreux, reportif dice/dizque et mise en avant du thème.

B1

Camba et colla : les deux grands accents boliviens

Camba = l'est des basses terres (Santa Cruz, Beni, Pando) ; colla = les Andes. Ces mots marquent l'accent, le vocabulaire et l'identité.

A2

Des diminutifs partout : -ito sur tout

L'espagnol bolivien, surtout andin, emploie -ito bien au-delà de la taille : ahorita, aquicito, un ratito, calentito, señito, pour adoucir et réchauffer.

A1

Salutations boliviennes : buen día, caserita, señito

Buenos días/buen día, le buenas tronqué, et des termes d'adresse chaleureux : caserito/a (vendeur↔client habituel), señito, joven, don/doña + prénom. Saluer d'abord est essentiel.

A2

Mots boliviens du quotidien : chango, yapa, jailón

Kit de départ : chango/a (gamin), imilla (fille), wawa (bébé), yapa (petit supplément), pucha (zut), elay (regarde !, oriental), jailón (snob), casero/a (vendeur habituel).

A2

Mots de la cuisine bolivienne : salteña, api, marraqueta

Salteña (chausson juteux du matin), marraqueta (pain andin), api con pastel, silpancho, pique a lo macho, chairo, singani (alcool national), el almuerzo (menu du jour).

A2

Parler argent : bolivianos, luca, ¿a cómo?

La monnaie est le boliviano (Bs) ; « luca » = 1000 en argot. Au marché : ¿a cómo ?, ¿en cuánto me deja ?, la yapa. Le paiement par QR est désormais partout.

A2

Nomás : juste, vas-y, donc

Nomás adoucit ou limite : pase nomás (allez-y), aquí nomás (juste ici), así nomás (couci-couça). Permission, minimisation ou réassurance selon le ton.

B1

La politesse en Bolivie : usted, titres, indirection

L'interaction andine est formelle et indirecte : usted par défaut, titres (don, ingeniero, licenciado), adoucissement par diminutifs/nomás/pues, refus évités.

A2

Pues (pue', ps) : la particule passe-partout

Dans les Andes, pues se colle en fin de phrase pour insister ou adoucir, souvent tronqué en pue' ou ps : ya pues, vamos pues. Ici, il signifie rarement « parce que ».

B1

Emprunts au quechua dans l'espagnol bolivien

Le quechua (dominant à Cochabamba, Sucre, Potosí) nourrit le quotidien : wawa, api, ch'uño, opa, imilla, q'encha, souvent avec une morphologie espagnole.

A2

Le voseo bolivien : vos dans les plaines et les vallées

La Bolivie est partagée : les hautes terres préfèrent tú/usted, tandis que Santa Cruz (camba) et les vallées (Tarija, Sucre) emploient vos au quotidien, vos tenés, vení, mirá.

Paraguay 10

B1

La formalité au Paraguay : vos, usted et le choix de langue

Vos est le défaut intime/entre pairs, usted marque le respect. Le bilinguisme guaraní ajoute une couche : passer à l'espagnol peut marquer la formalité, le guaraní l'intimité.

A1

Salutations paraguayennes : mba'éichapa, adió

Outre l'espagnol buenas, les Paraguayens saluent en guaraní : mba'éichapa (« comment ça va ? »), iporã (« bien »). « Adió » est aussi une exclamation de surprise.

B1

L'influence du guaraní : un pays bilingue

Le Paraguay est officiellement bilingue ; le guaraní façonne en profondeur l'espagnol courant, emprunts, particules (-na, -ko), le suffixe affectif -mi et des calques.

B1

Le jopara : le mélange espagnol-guaraní du quotidien

Le jopara (« mélange ») est le mariage fluide d'espagnol et de guaraní que parlent la plupart des Paraguayens, base espagnole avec mots, particules et grammaire guaraní entremêlés.

B1

Le leísmo paraguayen : le pour tout le monde

L'espagnol paraguayen emploie le comme pronom COD général pour les personnes, sans égard au genre ni au nombre (le vi a María), sous l'influence du marqueur d'objet unique du guaraní.

A2

Mots paraguayens du quotidien : che, argel, kaigue

Kit de départ : che (eh/mec), na (adoucisseur), luego (emphatique), argel (personne pénible), karai (monsieur), mitã (gamin), kaigue (mou). Beaucoup sont guaraní.

A2

Mots de la cuisine paraguayenne : chipa, sopa paraguaya, tereré

Vocabulaire fortement guaraní : chipa (pain au manioc et fromage), sopa paraguaya (un pain de maïs, pas une soupe), mbejú, mandi'o (manioc), tereré (maté froid, la boisson nationale).

B1

Luego : de l'emphase, pas « plus tard »

Au Paraguay, luego signifie souvent « justement / déjà », calqué sur le guaraní voi, et non « plus tard » : ya vino luego = « il est bien venu ». Source classique de confusion.

A2

La particule -na : s'il te plaît / allez

Issue du guaraní, -na se colle aux demandes pour les adoucir en un « s'il te plaît / allez » chaleureux : vení na, dame na, esperá na. Un marqueur clé du paraguayen.

A2

Le voseo paraguayen : vos par défaut

Le Paraguay est résolument voséant : vos est le « tu » quotidien (vos tenés, vení, mirá), usted pour le respect. Tú est quasi absent à l'oral.

Argentine 5

Uruguay 2

Chili 4

Mexique 5

Espagne 5

A2, B1

La distinción : le /θ/ de z et ce/ci en espagnol péninsulaire

Le centre et le nord de l'Espagne prononcent z et c devant e/i comme /θ/, le th anglais de think, en le distinguant de s. Ce n'est ni un zozotement ni une affectation royale, et ce n'est même pas général en Espagne : l'Andalousie et les Canaries ne distinguent pas, pour l'essentiel.

B1, B2

Le leísmo en Espagne : le pour un homme, et les limites à ne pas franchir

En Espagne, a Juan le vi est aussi normal que a Juan lo vi, et la RAE l'admet. Ce qui n'est pas admis, c'est le pour une femme, un pluriel ou une chose, ainsi que le laísmo (la dije), entendu autour de Madrid et de Valladolid, mais corrigé à l'école et absent de l'écrit soigné.

A2, B1

Vocabulaire péninsulaire : coche, móvil, vale, et le problème de coger

L'Espagne a son propre mot pour une bonne part des objets du quotidien (coche, móvil, ordenador, piso, zumo, patata) plus une épaisse couche familière (vale, tío, guay, currar). Un verbe mérite un avertissement : coger est parfaitement neutre en Espagne et obscène dans une grande partie de l'Amérique latine.

B1

He hablado en Espagne : la règle du « aujourd'hui », et où elle cède

L'espagnol péninsulaire répartit les deux passés selon le cadre temporel : si la période inclut encore le présent (aujourd'hui, cette semaine, cette année, ma vie) on emploie he hablado ; si elle est close, hablé. La Galice, les Asturies, León et les Canaries ignorent largement ce partage, et le Pays basque le pousse au-delà de ce que la norme admet.

A1, A2

Vosotros en Espagne : les formes, et quand ustedes reste nécessaire

Vosotros est le « vous » pluriel ordinaire en Espagne, avec ses terminaisons propres (habláis, comisteis, hablad), le pronom os et le possessif vuestro. Ustedes subsiste, mais s'est restreint aux situations réellement déférentes : au quotidien, vosotros fait presque tout le travail.

Colombie 4

A2

Un momentico : le -ico colombien et ses diminutifs empilés

La Colombie emploie -ito comme tout le monde, mais passe à -ico dès que le radical se termine par un t : ratico, momentico, gatico. Les diminutifs s'empilent aussi (ahoritica) et s'accrochent à des mots qui ne sont pas des noms, et presque rien de tout cela ne concerne la taille : il s'agit de politesse et de chaleur.

B1

Trois Colombies : usted à l'intérieur, vos en Antioquia, tú sur la côte

La Colombie n'a pas un système d'adresse unique. L'intérieur andin fonctionne au usted, l'Antioquia et le Valle ajoutent un voseo vivant, et la côte caraïbe est solidement au tú. S'y superpose un répertoire de politesse (a la orden, con mucho gusto, ¿qué más?, regáleme) d'une richesse inhabituelle même à l'échelle latino-américaine.

A2, B1

Tinto, parce, qué pena : le vocabulaire colombien du quotidien

Un tinto est un café noir, pas un vin rouge ; ¡qué pena! est une excuse, pas une lamentation ; et dar papaya n'a rien à voir avec un fruit. Le vocabulaire colombien du quotidien abonde en mots qui existent ailleurs avec d'autres sens, ce qui en fait un champ de faux amis plutôt qu'une simple liste.

B1

Usted avec ses propres enfants : l'ustedeo colombien

Dans l'intérieur de la Colombie, usted n'est pas le pronom de la distance : c'est le pronom ordinaire. Les parents l'emploient avec leurs jeunes enfants, les couples entre eux, les gens avec le chien. Tú peut y sonner séducteur, et s'entendre dire usted n'est pas le signe qu'on vous tient à distance.

Pérou 4

Venezuela 2

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